L’art et le commerce aux antipodes ?

IMG_1652Le week-end dernier, se déroulait, comme chaque année au sein de ma commune, le parcours d’artistes. Cette manifestation permet à des artistes de faire découvrir leurs créations et leurs talents, dans différents lieux, que ce soient des bâtiments communaux, des commerces, voir même des particuliers.

Cette année, le magasin de l’association où je suis administrateur, magasin de vêtements de seconde main et employant des gens en insertion socio-professionnelle, s’est associé à l’évènement en accueillant un artiste au sein de ses locaux. A cette occasion, le magasin fût ouvert durant tout le week-end. Outre le fait de découvrir et d’admirer les talents de l’artiste, ce fut l’occasion aussi pour les visiteurs de découvrir le magasin, et de prendre connaissance du projet d’insertion socio-professionnelle développé au sein de l’association. Ce fut au fond l’occasion pour le magasin d’accueillir de potentiels nouveaux clients.  Si quand bien même, dans un monde en perpétuelle évolution, il faut toujours faire preuve de plus de créativité et d’innovation pour développer son activité, et ce, afin de se différencier de la concurrence en proposant quelque chose de différent. A cet effet,  de nouveaux concepts originaux voient le jour, mais cette combinaison de l’art et du commerce n’est pas une chose qui vient naturellement à l’esprit.

De prime à bord,  ces deux choses ne semblent en rien être liées  l’une avec l’autre, et cette considération découle fort probablement de cette segmentation des choses au sein de notre société qui a contribué  à formater notre manière de penser, cette manière de penser qui est le reflet de notre société où l’on discerne ce qui est « utile » et ce qui ne l’est pas. Qu’entend-on par utile ? Entre autre, ce qui est utile économiquement et ce qui est secondaire, voir inutile ou sans intérêt.

Cette considération de l’utile et l’inutile trouve son expression dans pas mal de facettes de notre société, et une matière telles que l’enseignement n’échappe pas à la règle. On entend fréquemment certains mandataires politiques, de même que des représentants du monde économique,  énoncer le fait qu’il faut développer les filières d’enseignement porteuses d’emploi. Si cette évocation a sa part de légitimité en soi, elle me semble néanmoins insuffisante et relever malgré tout d’une vision à court terme. Dans un environnement économique qui se transforme de plus en plus vite, bien visionnaire est celui qui est capable de prédire ce que sera le monde du travail dans cinq voir dix ans, tant celui-ci évolue de plus en plus vite. Dans ce contexte changeant, où il faut pouvoir se remettre en question de façon régulière, le fait d’être spécialisé dans un domaine bien précis peut mener à une voie sans issue. Lorsque l’on analyse, par exemple, l’évolution exponentielle des technologies de l’information et de la communication, nul doute que la formation dans ce domaine et dans d’autres revêt d’un caractère permanent. Il y a lieu de s’ouvrir au chose, d’apprendre l’utile, et peut-être aussi l’inutile, l’inutile pas si inutile que cela, comme nous le verrons par la suite.

Ceci dit, derrière l’apprentissage, il y a le besoin de passion, passion qui engendre la motivation. Et c’est bien ce qui devrait la raison première dans le choix des études. Faire d’abord ce dont on est convaincu, histoire de convaincre les autres par la suite.  Vous aurez certainement plus de chance de briller dans ce que vous aurez choisi librement, qu’en choisissant de faire des études fonction de certaines contraintes et non pas d’un objectif, à savoir la réalisation de soi. Très bien me direz-vous, mais la passion trouve-t-elle toujours un débouché ? Peut-être pas directement, ou bien parfois de façon inattendue.

Pas mal d’entre nous ont pu croiser des gens dont la vie professionnelle n’avait aucun lien avec les études qu’ils avaient entreprises. Certains d’entre eux ont même créé leur propre job, en créant, en innovant, en repoussant leurs propres limites, mus par cette force qu’est la passion, en développant leur capacité à penser autrement et en ayant une autre perception des choses, et en percevant les opportunités qu’offre l’évolution des choses. D’autres ont réalisé un parcours improbable de par leur audace et parce qu’ils se sont donnés les moyens de réaliser leurs rêves.

Et l’art dans tout cela ? L’art n’est-il pas un moyen d’exprimer non seulement un talent, mais également un moyen de développer notre capacité d’imagination et de créativité, cette imagination et cette créativité dont nous aurons de plus en plus besoin pour inventer le monde de demain ? Mais est-ce vraiment utile ? A cette question, je ne manquerais d’évoquer Steve Jobs, le fondateur d’Apple, qui, dans lors de son célèbre discours prononcé devant des étudiants de l’université de Stanford, évoquait que vous ne pouvez jamais savoir à l’avance ce à quoi les choses pourront vous servir, mais que ce sera seulement après les avoir utilisées, souvent de façon inattendue. Il évoquait cela  en parlant des cours de calligraphie qu’il suivit comme élève libre, et grâce auxquels il élabora les polices de caractères, intégrés dans l’interface graphique des Macintosh.  C’est là que l’on mesure mieux la contribution de l’art dans le développement personnel. L’art de l’écriture, par exemple, contribue autant à développer la capacité d’imagination de l’écrivain que celle de ses lecteurs. Tant la lecture, que la peinture, la photographie, nourrissent notre patrimoine culturel que notre propre base de connaissance, avec laquelle nous pourrons développer de nouvelles idées, qui nous procureront de l’épanouissement, et qui pourront, pourquoi pas, mener à développer un projet professionnel.

Et donc, l’art et le commerce sont-ils aux antipodes, ou bien sont-ils au service l’un de l’autre ? Là n’est pas la question, tant le sujet est beaucoup plus vaste que cela,  et la question posée n’est finalement qu’un prétexte pour entamer une réflexion beaucoup plus vaste.  Les choses peuvent se nourrir l’une et l’autre pour autant que nous ayons la capacité de les transposer dans un autre contexte. C’est en ayant une autre perception des choses et en combinant des choses qui semblent à première vue ne pas avoir de liens entre elles, que l’on enclenche des processus innovants, eux-mêmes riches d’enseignement. La curiosité, le développement de ces capacités, sont des éléments essentiels pour évoluer dans le monde d’aujourd’hui, et plein de choses peuvent contribuer à développer ces processus, tant les choses utiles que celles jugées inutiles par certains. Nos capacités et nos connaissances s’apparentent à nos briques de lego avec lesquelles nous jouions étant enfant, tant en les utilisant pour développer notre capacité d’imagination qu’en augmentant leur nombre pour s’offrir plus de possibilités.

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About Eric Saint-Guillain

After 18 years as employee as accountant and controller for international companies, I launched my own activity in 2007 as financial consultant and interim manager. I am also investing time in non-profit organization. I am always pleased to learn everyday.
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