De l’informatique au coaching, un parcours centré sur l’humain. Interview de Philippe Declercq

Philippe Declercq, Professional Certified Coach

Philippe Declercq, Professional Certified Coach

Si je devais décrire Philippe Declercq en quelques mots, je dirais atypique, expérience, partage, sérénité. Lors de notre première rencontre, à l’occasion d’une réunion d’entrepreneurs, je fis connaissance avec quelqu’un parlant du métier de coach, où plutôt de la pratique du coaching comme il préfère le dire, avec enthousiasme et générosité, tels les personnes authentiques qui ne jouent pas un rôle, mais qui l’incarne réellement. Peu de temps après, nous  partagions une journée d’atelier, au cours de laquelle je fus impressionné par sa présence, s’exprimant par de longs silences qui témoignent d’un grand sens de l’écoute de l’autre. C’est par un bel après-midi ensoleillé qu’il m’a accueilli chez lui pour évoquer son parcours.

Philippe, peux-tu nous relater ton parcours ?

Lorsque j’étais à l’université pour étudier les mathématiques, je ne voyais pas trop vers où cela pourrait me mener, et j’ai décidé alors d’arrêter mes études. Je suis donc rentré à l’armée, pour effectuer mon service militaire, en intégrant le régiment des para-commandos   comme candidat officier. Malheureusement, après quelques mois, j’ai eu un très gros accident, et je me suis retrouvé durant quatorze mois à l’hôpital militaire à Liège. Je ne suis pas resté alité durant toute cette période, mais l’armée ne relâchait pas les gens tant qu’elle n’avait pas tout fait pour les ramener à un stade de guérison acceptable.

Durant cette période, je m’ennuyais beaucoup, et je souhaitais faire quelque chose. Je reçus donc l’autorisation de suivre des cours d’informatiques, et c’est comme cela que je suis devenu informaticien. J’ai commencé ma carrière assez rapidement chez Cockerill, puis deux ou trois changements successifs chez Caterpillar, ensuite chez Nixdorf Computer où je suis resté une quinzaine d’années, et suis devenu directeur d’un département. A l’aube de mes 40 ans, la société a été rachetée par Siemens, et comme bien souvent dans ces cas-là, ce genre de manœuvre engendre des restructurations, restructuration au cours de laquelle j’ai reçu mon préavis.

Avec l’argent de ce préavis, j’ai pu créer ma propre société. Au départ, je voulais créer une société de services informatiques. Mais mon premier client fut une société française de recrutement, qui m’avait confié un projet très ambitieux. Lorsqu’ils ont vu le prix, ils ont abandonné. C’était un projet faisable, mais très cher. Quelques semaines après cela, cette société m’a recontacté pour me confier une mission de recrutement pour un client situé à Bruxelles, mission consistant à recruter une douzaine d’informaticiens et un directeur de succursale. C’est comme cela que quelques mois plus tard, nous créions ensemble une société de recrutement à Bruxelles. J’ai donc fait du recrutement, de même que de l’ « executive  search », et ce jusqu’au 1ier janvier 2010.

Entretemps, au cours de l’année 2002, un de mes clients  me contacte en me demandant si je pouvais coacher un de leur cadre. Avec toute ma candeur, j’ai accepté cette mission. Cela ne s’est pas trop mal passé, même plutôt bien en terme de résultats. Mais en termes de processus, je me suis aperçu que j’avais plutôt agi comme conseiller que comme coach. Cela m’a ouvert les yeux, m’a permis de découvrir ce métier, et de voir qu’il était nécessaire de faire une formation approfondie pour le faire convenablement. J’ai donc choisi une école où j’ai appris le métier de coach durant deux années. J’ai même approfondi en refaisant ces deux années en tant qu’assistant. Je dirais que j’ai encore plus appris en étant enseignant qu’en étant enseigné. Je suis devenu assez expert en ce domaine. Je totalise à ce jour pas loin de 2.200 heures de coaching,  ce qui m’a permis d’acquérir le grade de « professional certified coach » auprès de la Fédération Internationale de Coaching. Ceci me permettra, si j’ai assez d’ambition, de présenter d’ici un an ou deux, un nouveau grade qui est le « Master Certified Coach ». Mais c’est un fameux morceau à digérer qui demande une dose substantielle de travail. Voilà donc mon parcours qui m’a amené progressivement vers le monde du coaching.

Est-ce que les étapes de ton parcours, et le fait de créer ta propre activité, étaient préméditées ?  Y avait-il une volonté de rupture, de faire autre chose ?

Non, ces changements n’étaient pas prémédités, mais il y a eu plusieurs facteurs qui ont joué. Il y a d’abord les hasards de la vie. Lorsque j’ai été licencié lors du rachat de Nixdorf par Siemens, ce sont les circonstances qui ont fait que  j’ai créé quelque chose. Ce n’était pas un acte prémédité. Le hasard des rencontres et des opportunités, notamment ce contrat avec cette société française ont fait que j’ai pu lancer une activité en tant qu’indépendant. En signant ce contrat avec cette société, je n’envisageais pas pour autant de rester indépendant toute ma vie. J’ai saisi cette opportunité à ce moment-là, et l’avenir dirait comment les choses évolueraient. Par contre, lorsque j’ai arrêté mes activités de recrutement en 2010 pour me consacrer pleinement au coaching, là, il s’agissait d’une décision résultant d’une stratégie mûrement réfléchie.

Commencer sa carrière en tant qu’informaticien et terminer comme coach est assez atypique. Y-a-t-il un fil rouge qui lie ces différentes étapes de ta carrière ?

Oui, je pense. Le fil rouge, c’est l’amour que j’ai pour l’être humain. C’est pour cela qu’en tant qu’informaticien, j’ai été heureux de travailler avec le monde de la PME, là où l’on a à faire avec les personnes qui ont les leviers de l’entreprise, là où le travail que l’on fournit aura un impact direct sur le quotidien des gens. C’est très différent dans le monde de la grande entreprise, où les gens sont certes engagés, mais ils gèrent des budgets plus conséquents, et toute décision n’a pas un impact aussi immédiat sur leur propre vie. Ils sont engagés, mais pas de la même façon. Dans la PME, chaque décision revêt un caractère beaucoup plus vital.

Le fil rouge, c’est le plaisir de rencontrer des gens. Dans le monde informatique, c’est rencontrer le dirigeant de PME, dans le monde du recrutement, les personnes qui cherchent un emploi, et enfin dans le monde du coaching, les personnes qui viennent pour développer une réponse à un projet qu’elles envisagent, et trouver des réponses à leur questionnement. On rentre donc dans l’intimité de la personne, on l’aide à concrétiser un projet. Chacune de ces rencontres est pour moi une petite fête, un moment privilégié où l’on va faire quelque chose ensemble.

Le fait d’avoir créé ta propre activité, a-t-il changé quelque chose en toi ? Ressens-tu les choses différemment ? Eprouves-tu plus de satisfaction qu’avant ?

Lorsqu’on lance sa propre entreprise, tout devient plus extrême, en comparaison avec un environnement plus sécurisant lorsque l’on est employé ou cadre. Tout devient plus extrême, que ce soit le plaisir, la peur, les conséquences de ses propres décisions. La conclusion ou non d’un contrat, a des effets immédiats sur les rentrées financières, et donc sur le fait de pouvoir honorer ses charges, que ce soit les fournisseurs, les impôts, etc.  C’est totalement différent de l’environnement où ; lorsque j’étais chef de produit, je gérais des budgets considérables. Ici, en tant qu’indépendant, la question est de savoir si répondre ou non à une offre de 2.000 euros est une bonne décision ou non. Donc, tout devient extrême dans ce sens-là, mais c’est aussi cela qui crée l’adrénaline, qui fait que l’on est plus impliqué et donc plus concerné par ce que l’on fait. Lorsque cela fonctionne bien, on y prend beaucoup plus de plaisir.

En te lançant dans l’aventure de l’entrepreneuriat, quelle est la chose que tu as le plus sous-estimé ? Comment as-tu fait face à cela pour redresser la barre ?

Lorsque j’ai commencé mon activité, les temps étaient encore fastes, et le travail ne manquait pas. Avec un peu de présence, quelques rencontres, décrocher des contrats était encore facile. C’est lorsque les premières crises sont arrivés, notamment la crise de la bulle internet en 2001, que je me suis rendu compte que j’avais sous-estimé le besoin d’avoir une structure de marketing, une structure de promotion pour mon entreprise, qui soit bien établie et qui permette de se différencier de ses concurrents. Je ne me suis pas rendu compte tout de suite de cette nécessité, et j’ai un peu perdu de temps. Il a fallu vraiment beaucoup travailler là-dessus pour redresser la barre.

Parlons de ton activité de coaching. Qu’est-ce qui t’a motivé à franchir le pas, à tourner la page du recrutement pour écrire celle du coaching ?

Le fait de pouvoir aider les gens à concrétiser leurs propres projets est quelque chose de motivant, de même que de pouvoir participer et contribuer à leur bien-être et à leur bonheur, dans le domaine pour lequel ils viennent vous trouver, que ce soit le domaine personnel ou professionnel. C’est cela qui fait du bien, qui me motive.

Outre le fait que tu te sois formé pour être coach, est-ce que ton background professionnel constitue une valeur ajoutée pour exercer ce métier ?

Je n’ai pas de réponse formelle à cette question. J’observe dans les milieux de formation au coaching, que les parcours des coachs sont très divers. Il y a des gens qui viennent de métiers en relation avec l’aide aux personnes, que ce soit des assistants sociaux, des psychologues, des psychothérapeutes, mais il y a aussi des gens venant d’autres horizons, que ce soit des responsables financiers, informatiques, des commerciaux. Chacun amène un peu son expérience, son envie, son besoin d’être dans une relation d’aide. Après cela, il y a tout le côté commercial qu’il faut développer. Il faut trouver des clients. Il est clair que celui qui vient du milieu de l’aide sociale, aura peut-être plus de clients venant du milieu de l’aide sociale où il a acquis une certaine crédibilité, de même que le coach qui était cadre en entreprise, aura plus de clients venant du monde de l’entreprise.  Ces milieux étant fort différents, on aura plus de crédibilité auprès des gens venant du monde dans lequel on a évolué, du fait que l’on connait ce milieu et que l’on parlera le même langage que le client.

Quelle sont les qualités qui font un bon coach ?

J’en vois essentiellement deux. D’abord, l’amour de l’autre, mais un amour juste. Pas le papa gâteau qui accepte tout. Un amour qui n’empêche pas d’avoir un regard critique mais constructif, un regard bienveillant, qui relève les points à améliorer et les défauts visibles, les difficultés que la personne pourrait traverser et qui n’a pas peur d’en parler. Une certaine forme d’assertivité mais qui est toujours liée à la bienveillance par rapport à la personne, sans émettre de jugement.

L’autre qualité, c’est l’écoute. Etre à l’écoute de son client et s’assurer qu’il vive dans une totale liberté, quitte à ce qu’il apprenne à l’acquérir. Pour garantir cette liberté, le coach ne doit jamais donner un conseil, et doit faire en sorte que jamais, le choix du client ne soit celui du coach. Et s’il ne sait pas choisir, il faudra prendre le temps pour favoriser la réflexion et pour qu’il arrive à faire ses propres choix. Le coach sert de catalyseur. Son principal rôle est de poser des questions auxquelles le client doit s’efforcer de trouver les réponses, les réponses qui lui permettront de se fixer un objectif et de le réaliser. Lorsque l’on met de l’eau et de la grenadine dans un verre, cela ne se mélange pas automatiquement. Il faut une cuillère pour mélanger. Le coach fait office de cuillère (rires).

Qu’est-ce qui amène les gens à venir te consulter et à se faire coacher ?

Pour beaucoup de gens qui viennent me consulter, la notion de plaisir au travail est de plus en plus souvent évoquée. Il faut préciser qu’il ne s’agit pas de monsieur et madame tout le monde. Il s’agit de personnes chez qui il y a la volonté de prendre la gestion de leur carrière en main, d’investir dans leur avenir, et de poser des choix, des choix guidés par une volonté d’être heureux, même si cette notion peut être toute relative. Je ne peux pas parler au nom de tout le monde. Je vois la personne qui ramasse les poubelles ici dans la rue, et qui dit toujours bonjour avec un grand sourire. Est-elle heureuse dans son boulot même si ce travail n’a rien de hautement intellectuel ? Peut-être que son plaisir réside à pouvoir dire bonjour au gens chaque jour, ou bien son plaisir est de pouvoir terminer à 15 heures pour pouvoir ensuite partir à la pêche, pourquoi pas. Je n’en sais rien. C’est quelque chose qui est propre à chacun. C’est une question de choix. Pour certains de mes clients, j’ai une petite vue de là où ils ont mis leurs choix, et encore c’est selon ce qu’ils veulent bien dévoiler, …..à moi et à eux-mêmes.

Tu es encore actif à l’âge où d’autres ont déjà pris leur retraite. Même si la réponse semble connue d’avance, est-ce la passion qui te motive à continuer, et envisages-tu d’arrêter ton activité ?

Quand à dire si j’envisage d’arrêter, tant que j’aurai les capacités de continuer, je ne vois pas pourquoi j’arrêterais. Cela peut se transformer au fil du temps, mais je ne vois pas de raison d’arrêter. Bien au contraire, j’ai plein d’idées pour créer de nouvelles choses. L’avantage de ce métier, c’est qu’il ne m’oblige pas à commencer à 8 heures du matin et de terminer à 7 heures du soir tous les jours. Je suis libre dans l’organisation de mon temps, mon agenda s’organisant par tranche de deux heures.

Le débat sur l’allongement des carrières pour faire face à la problématique du financement des pensions revient fréquemment à la surface. On essaie souvent d’enfermer les gens dans des boîtes, en évoquant qu’à tel âge, on n’est plus apte à travailler. Mais il est toujours possible de faire quelque chose mais autrement, à un autre rythme.

En effet, on peut toujours travailler mais autrement. Avoir une activité à temps partiel, et à côté de cela une activité bénévole. Le tout est de faire quelque chose et à un rythme librement choisi, et qui soit source de motivation et de bien-être.

Finalement, si le coach peut néanmoins donner un conseil, ne serait-ce pas celui de rester actif ?

Oui, mais plus fondamentalement, la question est de savoir « Quel est ton projet ? » Tout les projets sont respectables, que ce soit de marcher jusqu’à Saint-Jacques de Compostelle, ou bien réaliser un beau jardin. Et ce projet ne doit pas nécessairement s’inscrire dans le prolongement de la vie professionnelle. Ce qui serait triste, c’est de ne pas avoir de réponse à cette question, de ne pas savoir ce qu’est mon projet, de ne pas en avoir. Avoir un projet, c’est finalement le moteur de notre vie personnelle.

Les sites de Philippe Declercq:

http://prdcoaching.com
LinkedIn: be.linkedin.com/in/prdeclercq

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About Eric Saint-Guillain

After 18 years as employee as accountant and controller for international companies, I launched my own activity in 2007 as financial consultant and interim manager. I am also investing time in non-profit organization. I am always pleased to learn everyday.
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