Pourquoi l’entrepreneuriat a-t-il de beaux jours devant lui ?

IMG_0294Un des principaux enjeux des dernières élections du 25 mai était le volet socio-économique. Tous les partis politiques étaient bien d’accord sur la nécessité de créer de l’activité économique et donc de créer des emplois. Le retour de la croissance économique laisse espérer à chacun une embellie sur le front de l’économie et de l’emploi. Mais est-ce que cette espérance se concrétisera oui ou non ? Et est-ce que quelques points de croissance du PIB seront générateurs d’emploi ? Nul ne le sait, tant et si bien que les cycles de croissances et de récessions économiques deviennent de plus en plus imprévisibles et remettent rapidement les choses en question. Ces attentes, me semble-t-il sont souvent basées sur le passé. Or, à y regarder de plus près, on constate que ces dernières années, les évolutions économiques sont de moins en moins linéaires et répétitives.

Pouvoir apporter une solution à un problème ne peut se faire qu’à condition que l’on ait clairement identifié celui-ci, et que l’on comprenne bien le contexte dans lequel il s’inscrit. Stimuler le marché de l’emploi est une chose, mais comment faire en sorte que cette stimulation ait des effets durables ? Difficile de répondre à ce problème, du moins sur les bases qui sont trop souvent encore prises en considération par certains. La durée de vie moyenne des entreprises est d’environ 15 à 20 ans d’une part, et d’autre part, les choses évoluent de plus en plus vite, et donc l’obsolescence de certaines connaissances et savoir-faire est plus rapide qu’auparavant. Dès lors, comment garantir un emploi comme l’ont revendiqué l’un ou l’autre parti politique dans son programme ?

Dans une excellente interview publiée dans le magazine Trends-Tendance, Peter Van Oevelen, directeur de la société Trifinance explique ce qui fait le succès de son entreprise. Trifinance fournit des prestations de services dans le domaine de la finance. Ces services sont prestés aussi bien par des salariés de l’entreprise, que par des partenaires indépendants. Le leitmotiv de Trifinance est que les collaborateurs sont plus importants que les clients. Il explique que les collaborateurs ont pleinement conscience qu’ils doivent prendre en charge leur carrière, se montrer plus flexible. Dès lors, ils ont des attentes par rapport à leur travail, et à la satisfaction que celui-ci va leur apporter. Ils ont clairement compris que la sécurité d’emploi n’est plus une réalité, mais un terme devenu complètement obsolète. La seule sécurité qui existe est la mise à niveau des compétences, et ce, de manière constante et permanente. La philosophie d’une entreprise comme Trifinance intègre très bien cette dimension. Trifinance ne cherche pas à garder à tout prix ses collaborateurs, mais bien à les former en participant à des projets originaux qui correspondent aux attentes de ses salariés .Elle mise sur le fait de pouvoir offrir un tremplin à ses collaborateurs, leur permettant d’accéder à de nouveaux défis. Trifinance laisse donc une autonomie maximum à ces collaborateurs, ces derniers sachant très bien que la contrepartie à cette autonomie est l’obligation de produire des résultats.  La preuve en est que, comme l’exprime Peter Van Oevelen, « je dois souvent davantage freiner mes collaborateurs que les stimuler à faire du neuf.

Jean-François Coutelier, fondateur de la société Damnet, société de service informatique basée sur le modèle coopératif-participatif ne dit pas autre chose. Lorsqu’il fallait prendre une décision à l’égard d’un collaborateur de l’entreprise, ses collègues se montraient parfois plus inflexibles que les membres de la direction. Pour peu que les employés aient de l’autonomie, qu’ils apprennent quelque chose qui les passionne, et que tout cela ait du sens, ils sont prêts à donner le meilleur d’eux-mêmes.

De ce constat, il découle que le travail requiert de plus en plus un esprit entrepreneurial, et que les jeunes générations l’intègre de plus en plus.  Peter Van Oevelen se dit convaincu de pouvoir appliquer le même modèle dans le monde de l’industrie avec les ouvriers. Le développement des technologies a fait que les choses deviennent de plus en plus complexes, mais aussi que chacun peut faire office d’expert dans des domaines spécifiques. Cette expertise permet de mener des projets à bien, et est très valorisante pour celui qui la détient. Le développement de ces expertises constitue un élément beaucoup plus motivant que le fait de promouvoir quelqu’un qui se retrouvera dans une fonction qui ne lui convient pas, mentionne encore Peter Van Oevelen.

De ce constat, on peut penser que l’entrepreneuriat constitue une opportunité intéressante pour bon nombre de personnes qui ont une expertise, un savoir-faire, et qui veulent mener une carrière épanouissante. Mais deux questions se posent. Est-ce que tout un chacun est fait pour être indépendant, et auquel cas, existe-t-il un cadre qui permet de promouvoir, de mettre en valeur l’esprit entrepreneurial ? Jean-François Coutelier mentionne que le fait qu’il y ait peu d’entreprises comme celle qu’il a créé, sur le modèle des SCOP en France, tient au fait que d’un point de vue fiscal, ce modèle n’a rien d’attractif. Une société coopérative a l’avantage de ne pas être délocalisable, de ne pas être transmissible, mais dès lors, quelle plus-value en retire un des associés fondateur lorsqu’il désire se retirer du projet ? Le travail et le temps investit lors de la phase de démarrage sont-ils couverts et rémunérés ?

Ces différents constats prêtent à penser que l’entrepreneuriat, l’esprit d’entreprendre, a de beaux jours devant lui, mais demande à ce qu’il y ait différents cadres incitant les gens à entreprendre, à pouvoir se réaliser dans un projet professionnel.  Si tout un chacun n’est pas prêt à se lancer comme indépendant, mais adhère cependant à l’esprit entrepreneurial, il y a lieu de développer et de promouvoir différents cadres de travail, telles les coopératives d’activités, les sociétés coopératives et participatives.  Pour bon nombre de métiers, ce genre de structure a tout son sens et serait une solution flexible pour beaucoup de gens sur le marché du travail mais qui n’osent entreprendre une carrière comme indépendant.

D’aucuns, et avec raison, disent que redonner le goût d’entreprendre constitue un enjeu important pour redresser et développer l’économie. Ce propos est tout à fait pertinent, mais ceci étant, il convient d’adapter les structures aux formes nouvelles d’entrepreneuriat. A titre d’exemple, un avantage offert par les SCOP très présentes en France, est la possibilité donnée à des salariés d’une entreprise qui ne trouve pas de repreneur, de pouvoir poursuivre l’activité de celle-ci en devenant copropriétaire. Le nombre d’entreprises qui ne trouvent pas  de repreneur suite à la cessation de l’activité due au départ à la retraite de son exploitant, est non négligeable. Bon nombre d’entreprises ont arrêté leurs activités et licencié leur personnel alors qu’elles étaient rentables.

La relance de l’économie et de l’emploi ne peut être durable pour autant que l’on ait clairement bien identifié la problématique des entreprises et l’évolution du monde du travail. Cette évolution est inéluctable et irréversible. Est-ce à dire que le meilleur est derrière nous, et le plus mauvais à venir ? Certainement pas, mais il y a lieu d’apporter d’autres réponses. Nous sommes dans un changement complet de paradigme, et tout changement nécessite l’apport de solutions nouvelles. L’Etat doit pouvoir apporter un cadre incitant à la création d’entreprise, mais il convient aussi au monde de l’entreprise d’envisager l’entrepreneuriat sous un autre angle. Un entrepreneuriat où l’humain doit être mis au centre des préoccupations. Le savoir-faire reste le bien immatériel le plus précieux d’une entreprise, et celle-ci a tout à gagner en formant ses employés qui pourront éventuellement devenir de futurs partenaires indépendants. N’oublions pas que le manque de main-d’œuvre qualifiée est aussi un facteur de délocalisation.

Il est temps de prendre en compte ses différents paramètres pour pouvoir relancer une économie durable. Le contexte n’est pas toujours facile, mais il y a des besoins bien présents, ainsi que des débouchés pour des emplois faiblement qualifiés. Il y a tout lieu de penser que l’entrepreneuriat a de beaux jours devant lui, mais il convient de mettre en place des structures et des incitants permettant le développement de celui-ci.

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About Eric Saint-Guillain

After 18 years as employee as accountant and controller for international companies, I launched my own activity in 2007 as financial consultant and interim manager. I am also investing time in non-profit organization. I am always pleased to learn everyday.
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