L’entrepreneur du 21ième siècle

Le problème n'est pas de gagner de l'argent, le problème est ce qu'on en fait - Xavier Niel

Le problème n’est pas de gagner de l’argent, le problème est ce qu’on en fait – Xavier Niel

Dans mon précédent article, j’évoquais les aspects autres qu’économique qu’engendreraient l’émergence et le développement de petites entreprises.  A l’approche des élections fédérales belges et européennes de 2014, la thématique de l’économie et de l’emploi revient tout naturellement dans les débats politiques. Pour les uns, les petites entreprises doivent pouvoir encore bénéficier de réduction de charges sociales pour pouvoir créer de nouveaux emplois, pour les autres, la réduction de la charge fiscale globale et les aides éventuelles accordées doivent être conditionnées par le fait que l’entreprise s’engage à développer de l’emploi et non pas à octroyer de plus gros dividendes aux actionnaires.  Les arguments évoqués ci-dessus par les différents partis politiques sont pertinents et mettent en lumière non seulement des problèmes réels, mais aussi à s’interroger sur les valeurs sur lesquelles un entrepreneur doit développer son activité.

Pouvoir stimuler l’économie et donc la consommation implique que les gens aient du pouvoir d’achat. Comme souvent évoqué, des études ont mis en évidence que de part et d’autre de l’Atlantique, ce sont les petites et moyennes entreprises qui ont créé le plus d’emplois, alors que les multinationales en ont détruit. Parallèlement  à cela, une autre étude a mis en évidence que les gains de productivités engendrés par l’automatisation et l’amélioration des processus ont contribué à enrichir le capital et non les travailleurs. En d’autres termes, les riches deviennent de plus en plus riches, et les pauvres restent pauvres. Le déséquilibre s’accroit, et les conditions d’une relance durable ne sont pas réunies. Ne perdons pas de vue qu’un élément essentiel pour pouvoir faire tourner l’économie est la circulation des capitaux, qui implique qu’il y ait une juste et équitable redistribution des richesses.  Pour pouvoir rétablir cet équilibre, les petites entreprises peuvent jouer un rôle important et créer des opportunités.

Un entrepreneur qui crée son entreprise doit être porteur de valeurs. Si son initiative est une initiative privée, celle-ci s’inscrit dans un cadre collectif. En effet, les entreprises, maillons essentiels de l’économie contribuent à faire fonctionner la société, en créant des produits et services. Autrement dit, l’économie soit être au service de l’humain.  S’il est légitime qu’un entrepreneur gagne de l’argent, il ne devra pas perdre de vue que cet objectif ne pourra se réaliser durablement qu’à certaines conditions.

Un des facteurs clefs de développement d’une entreprise, outre l’objet de l’activité et les processus d’innovation au sein de l’entreprise, c’est le facteur humain. Les ressources humaines constituent un élément clef de durabilité d’une entreprise. Cet élément a fortement évolué au cours du temps. Dans son livre « Travailler pour soi », Denis Pennel, à qui je faisais référence dans mon précédent article,  évoque l’évolution de l’économie, mais aussi l’évolution des attentes des travailleurs, évolutions qui ont des impacts importants sur la politique à mener en matière de ressources humaines. En effet, la volatilité de l’économie et l’évolution toujours plus rapide des tendances ont rendu précaire la sécurité des emplois. Un contrat à durée indéterminé ne constitue plus la garantie d’un emploi à vie. Denis Pennel souligne donc que les attentes des travailleurs, et plus particulièrement de la génération X et de la génération Y, ont évolué par rapport aux attentes de la génération du Baby boom. La non-garantie d’un emploi à vie implique qu’il est impératif d’acquérir des connaissances et des compétences de façon permanente, connaissances qui permettront de pouvoir saisir de nouvelles opportunités le cas échéant. De plus, la génération X est une génération désabusée qui a bien compris que la fidélité à une entreprise ne constitue plus une garantie de préserver son emploi sur le long terme, que l’entreprise se sépare de collaborateurs soit parce qu’elle y est contrainte pour cause de mauvaise conjoncture, ce qui est dans ce cas-ci légitime et compréhensible, soit parce qu’il faut réduire les coûts pour mieux contenter les actionnaires. Les attentes de la génération X se sont déplacées. Elle souhaite donc trouver des opportunités qui seront intéressantes en termes de développement professionnel et personnel, et qui seront sources d’épanouissement. Quant à la génération Y, elle sait pertinemment bien qu’elle est amenée à évoluer dans un environnement chaotique, et que de ce fait, elle ne doit compter que sur elle-même.  L’entrepreneur qui souhaite donc développer une entreprise performante et durable, devra créer et mettre en œuvre les conditions qui motiveront les employés à rester dans l’entreprise.  Pour faire cours, des objectifs clairs, mais aussi, un cadre de travail et des conditions attrayantes, que ce soit en termes de rémunération, mais aussi de programme de formation, aménagement de temps de travail, etc.  De par le développement des technologies et de par la complexification des processus, le niveau de connaissance et de qualification, mais aussi l’expérience requise font que les employés d’une société sont plus que des employés. Ils deviennent de véritables partenaires dont le départ, surtout au sein d’une PME peut engendrer des difficultés pour l’entreprise. Concilier la relation à long terme et les attentes des employés constituera un enjeu de taille, surtout dans un environnement où la pénurie de talents se fait souvent sentir.

Un autre élément dont dépendra la création d’emplois est l’aspect financier. Si certains politiques évoquent la nécessité de créer de l’emploi, d’autres évoquent le coût du travail excessif à charge des entreprises. Il est clair que l’engagement de personnel pour une PME constitue une charge importante. Pour pas mal d’entre elles, la charge salariale constitue une des charges les plus importantes. Seul une politique de réduction des charges sociales peut inciter les entrepreneurs à engager du personnel, pour autant que les perspectives de marché le leur permettent. Mais outre le fait souvent évoqué d’une fiscalité lourde, l’entrepreneur se doit aussi d’avoir une gestion financière performante et de mettre les priorités là où elles doivent être.  Evoluant dans la profession des chiffres, et ayant discuté avec pas mal de confrères, il arrive de voir dans les frais de certaines sociétés encore gérées de façon paternaliste, des frais qui relèvent plus de petits extras que s’octroient le dirigeant que de frais réellement professionnels et utiles pour le bon fonctionnement des affaires. Si une fiscalité lourde pousse souvent à de tels comportements, les conséquences de telles pratiques peuvent être préjudiciables à long terme pour l’entreprise, et dans ce type de gestion, on perd souvent l’objectif de vue qui est l’entreprise elle-même et les projets qui l’animent. Soyons de bon compte, ne tombons pas dans le cliché et ne généralisons pas. Certains entrepreneurs doivent souvent travailler durant des mois voir même une année ou deux avant de pouvoir se rémunérer décemment. Mais plus qu’auparavant, chaque centime doit être dépensé de manière judicieuse, en évaluant correctement le retour sur le long terme.

En évoquant ces deux aspects, je veux en venir à ceci.  Dans un environnement évoluant constamment, chacun doit s’adapter, et l’acte d’entreprendre aujourd’hui est totalement différent de ce qu’il était par le passé. L’objectif premier d’un entrepreneur, c’est son projet d’entreprise et la mise en œuvre pour le faire vivre. Le faire vivre et le développer, cela signifie qu’il faut y associer des compétences que l’on ne possède pas soi-même, associer des talents qui permettront de viser l’excellence. Autrement dit, l’entrepreneur qui engage devra de plus en plus être un leader et non un patron autoritaire. Le lien de subordination entre employé et dirigeant fera de plus en plus place à un lien de collaboration, d’échange d’idées et de partage de connaissances. Dans un environnement économique où les perspectives à long terme deviennent de plus en plus difficile à évaluer, où les évolutions sont de plus en plus rapides, nécessitant d’autant plus de pro-activité, il faut résumer les investissements et les dépenses à ce qui est vraiment essentiel. Et aujourd’hui, la valeur ajoutée se situe dans la connaissance et dans la maîtrise de son activité, plutôt que dans le paraître. Se donner les moyens de créer des emplois et de développer de l’activité, c’est pouvoir recréer du pouvoir d’achat et recréer des marchés durables.  Comme évoqué dans mon article précédent, le développement d’activité économique où chacun percevra de manière équitable les fruits de son travail, contribuera au développement d’une société meilleure où chacun pourra vivre décemment et s’épanouir.  Ceci étant, il est légitime pour un entrepreneur de gagner de l’argent, pour autant qu’il ne le fasse pas au détriment d’autrui. Comme l’évoque Xavier Niel, patron de l’entreprise de télécom Free, le problème n’est pas de gagner de l’argent, le problème c’est ce que l’on en fait. Commentaire tout à fait pertinent d’un entrepreneur qui réinvestit ses gains dans différents programmes de développement et soutien à l’entrepreneuriat, ainsi que dans la création d’une école pour former des informaticiens. L’argent, ne fait pas nécessairement le bonheur, mais il doit rester un moyen permettant à chacun de vivre décemment et dignement, de même que faire vivre les autres décemment et dignement.

Ainsi donc, le goût du challenge, l’envie de contribuer à un monde meilleur, de faire le bien autour de soi, de permettre à chacun de trouver sa place dans la société et de créer une relation gagnant-gagnant, telles sont les valeurs que porteront et qui porteront les entrepreneurs du 21ième siècle.

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About Eric Saint-Guillain

After 18 years as employee as accountant and controller for international companies, I launched my own activity in 2007 as financial consultant and interim manager. I am also investing time in non-profit organization. I am always pleased to learn everyday.
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2 Responses to L’entrepreneur du 21ième siècle

  1. Oui effectivement. Avec la génération qui suit, le moment est venu de repenser la finalité de l’entreprise; pour garder les collaborateurs fédérés par l’entreprise, les notions de reconnaissance, autonomie, perspective de carrière et intérêt du travail ainsi que respect sont et seront plus que jamais le carburant d’une entreprise qui gagne de l’argent pour l’employer dans une intention différente et porteuse.

    • Eric Saint-Guillain says:

      Merci pour ce commentaire très pertinent 😉 Effectivement, comme l’explique Denis Pennel dans son livre, le travail doit être une source d’épanouissement pour les jeunes générations, et non une contrainte que l’on subit durant toute sa vie.

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