Un système de taxation différenciée, une solution pour doper l’économie locale

RestaurationDans mon précédent article, j’évoquais l’exemple d’un disquaire qui, malgré l’évolution du marché du CD, parvenait à tirer son épingle du jeu.  Son principal atout était d’avoir choisi un marché de niche, mais d’offrir aussi du service et du conseil à sa clientèle. Une de mes connaissances, qui travailla dans ce secteur, me faisait part d’une expérience similaire.  Il travailla pour un petit magasin, où le conseil et le service faisaient partie des valeurs du business, permettant à ces derniers ayant souvent l’âme du collectionneur,  d’acquérir des pièces rares. Il en était tout autre dans un grand magasin où il travailla par la suite, où les références qui ne rapportaient pas assez étaient systématiquement rayées du catalogue, ce qui n’empêcha pas ce grand magasin de disparaître.

Dans l’interview du disquaire à laquelle je fais référence dans mon précédent article, celui-ci mentionnait le fait que lorsque l’on souhaite se positionner dans un marché de niche, il faut s’inscrire dans une démarche de long terme.  En effet, la richesse d’un tel commerce est de pouvoir trouver la pièce rare, que l’on ne vendra pas nécessairement dans les quinze jours qui suivent.  Il faut donc faire un choix : soit on privilégie la qualité de l’offre et du service, mais celle-ci  a un coût, soit on privilégie le rendement à court terme.  En faisant ce choix, une autre question est posée. Est-il économiquement rentable d’offrir de la qualité ? Car ce qui compte, c’est de voir au bout du compte un résultat positif. Faire quelque chose que l’on aime, c’est bien, et pouvoir en vivre, c’est encore mieux.

Cette question a été récemment soulevée par des représentants de l’horeca. Ce secteur, pourvoyeur de main-d’œuvre peu qualifiée, a été soumis ces dernières années à des règles et à divers contrôles strictes destinée à lutter contre le travail au noir. Mais comme pour tout phénomène, il est toujours plus utile et intéressant d’en étudier les causes qu’à s’en prendre aux conséquences. Dans un reportage récent sur une chaîne de radio, était évoqué le fait que certains restaurants avaient recours à des produits déjà préparés, ce qui n’était pas nécessairement gage de qualité. Un restaurateur interrogé à ce sujet, posait la question suivante aux pouvoirs publics, à savoir si ceux-ci souhaitaient que la restauration soit toujours une activité artisanale, ou deviennent une activité industrielle. Autrement dit, la qualité a un prix, et, dans ce secteur, pour pouvoir offrir de la qualité artisanale, il faut disposer de main-d’œuvre. Or, celle-ci est beaucoup trop chère, et pour pouvoir absorber ce coût supplémentaire, il faut nécessairement augmenter le prix à la carte. Ceci aurait pour effet de rendre le repas au restaurant moins accessible et serait préjudiciable pour le secteur, et de surcroît, pour l’économie locale.

A partir du moment où l’on souhaite qu’une économie puisse maintenir un certain niveau de qualité, ne faudrait-il pas penser à un système de fiscalité différenciée pour certains secteurs d’activités économiques ?  Une étude réalisée par des étudiants de la Solvay Business School, concluait que la généralisation de la caisse enregistreuse dans le secteur Horeca entraînerait la perte de 20.000 emplois dont 14.000 emplois directs. Ces chercheurs estimaient aussi que 25% des consommations servies aux clients n’étaient pas déclarées.  Le secteur avoue clairement qu’il fraude, mais évoque le fait qu’il n’a pas le choix pour pouvoir s’en sortir. Pour bien comprendre la problématique sous-jacente, ces chercheurs ont comparé le chiffre d’affaire annuel moyen généré par travailleur dans différents secteur d’activité. Dans l’Horeca, ce chiffre s’élève à 89.500 euros, ce qui est peu, comparé à un travailleur dans le secteur de la chimie qui en génère 280.000. Le problème qui se pose est la lourdeur des charges salariales par rapport à la marge générée, pour un secteur où les heures supplémentaires et horaires irréguliers sont fréquents.

A l’heure ou notre économie est en pleine mutation, et où le constat de devoir redévelopper une économie locale semble évident, il y a lieu de repenser le système de fiscalité directe et indirecte, afin de pouvoir rendre à nouveau rentable, des secteurs d’activités pourvoyeurs de main-d’œuvre peu qualifiée.  Les mesures actuelles qui octroient des réductions de charges sociales sur les bas salaires ou sur les trois premiers employés qu’une entreprise engage, sont des mesures insuffisantes. Il y a lieu de repenser le système de fiscalité, qui n’est sans doute plus adapté à l’économie qui n’est pas en crise, mais en pleine mutation. Il n’est plus à démontrer que ce sont les petites et moyennes entreprises qui sont créatrices d’emplois.  La création d’emplois que permettrait l’allègement de la fiscalité de certains secteurs contribuerait non seulement à recréer de la richesse, à offrir de la qualité, mais aussi à recréer de la confiance en soi. Le travail est non seulement une nécessité, mais aussi un épanouissement personnel, à partir du moment où ce travail est valorisé et respecté.  Il est également un facteur important de cohésion et de paix sociale.

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About Eric Saint-Guillain

After 18 years as employee as accountant and controller for international companies, I launched my own activity in 2007 as financial consultant and interim manager. I am also investing time in non-profit organization. I am always pleased to learn everyday.
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