Vers une société de l’entrepreneuriat?

entrepreneuriat1Il n’y a pas de jour où l’on entend les restructurations d’entreprises se succéder, avec les impacts négatifs que cela engendre au niveau social. La crise que traverse la plupart des économies européennes ne contribue pas à inverser cette tendance. Ceci étant, depuis mon plus jeune âge, j’entends parler du mot « crise », avec le sentiment que cela ne s’arrêtera jamais. On parle de crises conjoncturelles et structurelles, mais est-il encore juste de parler de crise ? Ne devrait-on pas parler d’environnement en pleine mutation, avec tout ce que cela implique au niveau économique, social, écologique et environnemental ?

L’industrie et les développements technologiques ont eu un impact énorme sur le monde du travail. Certains métiers ont disparus mais d’autres sont apparus aussi. Le développement et la complexification des processus ont créé de plus en plus de métiers spécialisés. Mais ces développements ont aussi accéléré les cycles économiques. Aujourd’hui, les produits et services ont des durées de vie beaucoup plus courtes qu’avant. Les périodes de croissances et de récessions se succèdent donc à un rythme beaucoup plus élevé qu’avant, rendant  très difficile toute prévision à moyen et long terme, ainsi que de garantir des emplois sur le long terme dans des structures d’entreprises telles que nous les avons connues pendant longtemps.  Cet environnement instable devient de plus en plus problématique notamment pour les PME qui hésitent à engager, alors que de nombreuses statistiques aussi bien européennes qu’américaines mettent en évidence que ce sont ces petites et moyennes entreprises qui créent le plus d’emplois.  Comment pouvoir résoudre cette équation qui aurait aussi pour effet de résorber en partie le chômage ? Pour peu que l’on se penche sur le problème et que l’on veuille regarder devant soi et non derrière soi, des solutions sont possibles.

Dans pas mal de secteurs, ces solutions existent déjà depuis pas mal d’années. En effet, le principe de l’externalisation des services, ou outsourcing, est monnaie courante dans des pans de l’industrie. Prenons notamment le domaine des technologies de l’information et de la communication. Outre le secteur du travail intérimaire, des sociétés de services proposent des services, exécutés par un staff de salariés qui travaillent en détachement, ou même avec des prestataires indépendants. Cette solution a l’avantage de répondre à une demande de services ponctuelle, mais aussi de disposer d’expertises bien spécifiques. Ces expertises, si elles devaient être disponibles en interne, et maitrisées par quelques personnes, nécessiteraient des heures importantes de formation et des coûts supplémentaires non négligeables, sans compter la perte de know-how occasionnée par le départ éventuel de l’employé.  Dans ce type d’organisation, pas mal de personnes travaillant en tant qu’indépendants ont pu trouver leur voie.  Cette manière de travailler répond clairement  aux demandes ponctuelles du marché en termes d’expertise et de flexibilité.

Ceci étant, un autre élément important est le niveau de qualification. L’exemple que j’ai évoqué concerne des profils qualifiés livrant des prestations intellectuelles, mais quid des profils moins ou peu qualifiés opérant dans des métiers manuels ? On évoque souvent la pénurie de mains-d’œuvre au niveau des métiers manuels, la pénurie d’artisans. Ces métiers ont été considérés pendant des années comme des métiers moins nobles, alors que de par leur caractère concret, ils peuvent mettre en valeur un talent et un savoir-faire utile dans notre vie de tous les jours. Autrement dit, on voit tout de suite si un plombier a bien fait son travail ou si l’installation fuit dans tout les sens.  Là aussi, beaucoup ont crée leur propre petite entreprise, travaillant seul ou avec un ou deux ouvriers. Ces types de métiers manuels sont des emplois non délocalisables, ce qui offre une perspective économique et sociale à long terme. Cette option me semble être une des rares portes donnant accès à l’emploi pour les profils plus faiblement qualifiés, mais dont le travail et le savoir-faire sont tout aussi respectables et utiles, une porte leur permettant de se réaliser, de s’épanouir à travers un métier qu’ils aiment faire, et qu’ils exercent avec talent. Mais est-ce à dire que tout le monde peut devenir entrepreneur, que tout le monde a les capacités de gestionnaire ? Nombre d’entrepreneurs ne sont pas toujours à l’aise avec la gestion, et la collaboration d’un bon comptable n’est pas toujours suffisante pour échapper aux problèmes financiers découlant d’une mauvaise gestion. Et pourtant, au niveau de leur métier, ils possèdent des talents qui sont appréciés par leurs clients. Aussi, l’idée de structures tel que des coopératives d’activités par lesquelles ces corps de métiers pourraient dispenser leurs services, tout en étant encadré par une équipe de gestionnaires qui gérerait les différents aspects, tant administratifs, financiers que commerciaux, semble une piste non négligeable. Chacun pourrait percevoir  les fruits de son travail, mais serait aussi plus impliqué au sein de son entreprise. En évoquant cela, je fais entre autre allusion aux SCOP, sociétés coopératives et participatives.

En relatant ces possibilités, je veux évoquer le fait que le travail est souvent considéré par beaucoup comme une contrainte et non comme un épanouissement. Cette perception du travail est sans doute due au manque de motivation, aux conditions pas très favorables, voir même d’exploitation dans lesquels les gens doivent travailler, le manque de reconnaissance et le sentiment d’inutilité. C’est pour cela que certains décident un jour de changer de vie au niveau professionnel, et de créer leur propre activité, de devenir entrepreneur. Cette décision est le résultat d’une certaine déception, d’un ensemble de circonstances qui font que des gens décident de vouloir prendre leur propre destin en main, d’être plus libre dans la façon de travailler, une manière de travailler plus en adéquation avec leurs aspirations, leurs valeurs. Des aspirations et des valeurs que nous revisitons de temps à autres après avoir constaté que ce qui apparaissait comme un rêve n’était finalement qu’une illusion. Que certains faits, certaines expériences qui ont jalonné notre parcours professionnel nous ont mené à réfléchir et à penser à un autre projet, plus en adéquation avec nos attentes propres.

La valeur travail est une valeur indispensable au bon fonctionnement de la société. Une valeur qui doit être respectée, quelque chose qui doit être une source d’épanouissement et non un fardeau, quelque chose d’abrutissant, tout en restant conscient bien sûr que certains métiers sont plus pénibles que d’autres. L’entrepreneuriat, dans sa démarche fondamentale, doit être centré sur l’humain.  L’entrepreneuriat, c’est une façon d’être un acteur et non un spectateur de la société, mais d’être aussi son propre acteur.  Quand au côté précaire souligné par certains, il ne réside pas dans le fait d’avoir des perspectives d’emploi sur le long terme, mais bien d’être dans une position où l’on évolue  en terme de compétences et de savoir-faire. Et si c’était cela l’avenir, un avenir tourné vers plus d’entrepreneuriat, tout en ayant le sens de la mission, et donc entreprendre pour bâtir une société plus juste, contribuant à l’épanouissement de chacun, et ce en participant à des projets novateurs et solidaires ? La chose est certes complexe, mais le pire serait de ne pas essayer. Certains ont déjà commencé à entreprendre d’une autre manière, avec des résultats intéressants tant au niveau économique qu’au niveau personnel. Ils ont souhaité le changement et ont opté pour celui-ci. Un changement permettant à chacun de donner du sens à ce qu’il fait, de se sentir comme un acteur au sein d’un projet collectif. Vouloir changer le monde, c’est d’abord changer soi-même, et donc agir, mais c’est aussi avoir le sens de la mission, et d’agir de façon à vouloir rendre notre société meilleure et durable. A chacun d’entre nous de le vouloir, mais aussi d’encourager ceux qui veulent bâtir un tel projet.

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About Eric Saint-Guillain

After 18 years as employee as accountant and controller for international companies, I launched my own activity in 2007 as financial consultant and interim manager. I am also investing time in non-profit organization. I am always pleased to learn everyday.
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2 Responses to Vers une société de l’entrepreneuriat?

  1. Bertrand says:

    Je partage votre opinion à 100%.
    Il reste beaucoup à faire car la majorité de la population ignore tout cela…

  2. Pingback: Vers une société de l’entre...

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