Entreprendre, une revanche sur la vie?

Norbert Alter, professeur de sociologie à l'Université Paris-Dauphine

Norbert Alter, professeur de sociologie à l’Université Paris-Dauphine

A tous ceux qui s’intéressent à l’histoire des entrepreneurs atypiques, je ne puis que conseiller la lecture d’un livre de Norbert Alter, « La force de la différence ».  Cet ouvrage est le fruit de nombreuses interviews que l’auteur, professeur à l’université de Paris Dauphine, a mené auprès d’entrepreneurs atypiques, que visiblement, aux yeux de certains, rien ne prédestinait à devenir entrepreneur ou à développer un esprit entrepreneurial. Au travers de ces différents récits, ces expériences  de vie, l’auteur met en lumière les raisons qui ont poussé ces personnes à entreprendre. Outre la volonté d’entreprendre elle-même, bien d’autres raisons ont fait que ces personnes sont devenues ce qu’elles sont aujourd’hui.

Ces personnes atypiques, sont jugées différentes des autres, par le fait d’un handicap, d’un faible niveau d’instruction et de scolarité, mais aussi parce que issue de l’immigration ou homosexuelles. Des personnes jugées moins capables que d’autres, sur base de critères physiques ou autres, pas toujours subjectifs, et qui doivent prouver plus que les autres ce dont elles sont capables.  Des personnes à qui rien n’est épargné, et certainement pas le fait de les empêcher de pouvoir progresser au travers de diverses opportunités.  Ce qui les caractérise aussi, c’est de prendre conscience de cette situation, et de ne pas l’accepter comme telle. Des personnes ayant suffisamment de caractère pour prendre leur destin en main et changer le cours de celui-ci. Leur condition d’origine n’est pas une fatalité, et elles décident donc de mettre une stratégie en place pour montrer qu’elles sont capables comme les autres, voir même peut-être plus capables que certaines qui les jugent négativement.

En observant ces parcours atypiques, on est amené à se poser la question suivante : est-on entrepreneur par essence ou bien le devient-on ? Il y a sans doute une réponse pour chaque individu.  Comme je viens de l’évoquer, il y a la volonté de ne pas subir son sort, et donc d’entreprendre quelque chose. Une volonté qui trouve peut-être son origine dans le sentiment de n’avoir rien à perdre, mais tout à gagner, comme évoquent certains. Autrement dit, je n’ai pas grand-chose, je suis tellement bas et considéré comme tel par les autres, que je ne peux que réussir, je ne peux aller que vers une situation meilleure. Ceci induit la volonté de prouver que l’on est capable, de le prouver à soi-même d’abord, ainsi qu’aux autres. Ce processus trouve son fait déclencheur dans une frustration, ou une considération que l’on accepte mal. Un entrepreneur, bien que pas atypique, me disait qu’il avait commencé son entreprise suite à un licenciement, mais surtout suite au fait que son patron lui avait dit qu’il ne serait jamais un bon commercial. Il n’accepta pas cette remarque, mais la prit comme un défit qu’il décida de relever. Il décida d’entreprendre, et se montra excellent vendeur, la santé de son entreprise l’attestant. Ne sommes-nous pas capable finalement de faire les choses lorsque nous sommes poussés dans nos derniers retranchements ? Se poser la question et y réfléchir permet à certains de pouvoir ouvrir de nouvelles portes vers un nouveau destin.

Ces entrepreneurs atypiques, ne perdent pas de vue pour autant d’où ils viennent. Comme l’explique Norbert Alter, ils appliquent les codes qui leur permettent de s’intégrer dans l’environnement, mais ne renient pas pour autant leur passé, et font malgré tout les choses à leur manière, suivant leurs expériences et leurs principes. Ils remettent souvent en question les règles établies et généralement appliquées par tout le monde, règles qui semblent immuables pour le commun des mortels.  Garder en tête ce passé, voir d’où ils viennent et voir où ils sont, qui ils sont aujourd’hui, c’est sans doute cela qui donne d’autant plus de relief à leurs parcours, qui font qu’ils ont acquis une confiance en eux tout en étant conscient des choses qu’ils n’ont pas et qui les mettent toujours dans une situation de danger. C’est le cas de ceux qui, conscient d’un faible niveau de scolarité, savent qu’ils n’ont qu’une chose à faire, c’est apprendre sur le tas, analyser leurs échecs, se remettre en question.

La Force de la différenceEntreprendre, est-ce aussi prendre une revanche sur la vie ? Oui, certainement. C’est l’affirmation de soi, c’est vouloir prouver ce que d’autres ont remis en cause. C’est aussi récolter le fruit de ses propres efforts, et donc récolter suivant ses mérites, et non suivant des jeux politiques. Assumer ses propres échecs comme récolter ses propres réussites, au long d’un parcours qui sera riche en enseignements, un parcours dont on est responsable. Un parcours pas toujours facile, mais qui mène à l’épanouissement, une conquête de sa propre liberté, de la liberté d’entreprendre.

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About Eric Saint-Guillain

After 18 years as employee as accountant and controller for international companies, I launched my own activity in 2007 as financial consultant and interim manager. I am also investing time in non-profit organization. I am always pleased to learn everyday.
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